Deuil et kinésiologie : accompagner la perte avec le corps
- Aline Juy
- 26 janv.
- 8 min de lecture

Le deuil est une expérience douloureuse universelle, mais profondément personnelle. Pourtant, il reste souvent entouré de silence et de maladresse, devenant presque parfois tabou. On entend fréquemment des injonctions comme « sois fort », « le temps guérit tout » ou « il faut avancer », ce qui peut créer un sentiment de pression.
En tant que kinésiologue, j’observe régulièrement que le deuil ne se vit pas uniquement dans la tête. Il traverse le corps, le système nerveux et les émotions, parfois de manière subtile, parfois de façon intense.
Dans cet article, découvrez comment la kinésiologie peut aider à traverser le deuil, en écoutant le corps et en libérant le stress émotionnel.
Qu’est-ce que le deuil, au-delà de la perte d’un être cher ?
Le deuil est la réaction émotionnelle, psychologique et physique à la perte d’un être, d’une relation, d’un projet ou d’un élément important de sa vie.
Il se manifeste par des sentiments de tristesse, de colère, de nostalgie, de culpabilité ou d’incompréhension, ainsi que par des réactions corporelles comme la fatigue, le manque d’appétit, des troubles du sommeil ou des tensions physiques.
Le deuil est un processus normal et nécessaire pour intégrer la perte et s’adapter à une nouvelle réalité.
On associe souvent le deuil à la perte d’une personne aimée. Pourtant, le deuil peut prendre de nombreuses formes.

Il peut s’agir de la perte :
d’une relation ou d’un couple (même pour celui qui est parti)
d’un animal
d'un emploi ou d'une identité professionnelle
d'un projet de vie
de capacités physiques ou de la santé
d'une grossesse ou d'un enfant attendu
d'une sécurité, d'un repère ou d'une version de soi
d'une situation (l'enfance que l'on a pas eue, le parent parfait etc...)
Dans tous les cas, le corps vit une rupture, une fin ou un changement brutal. Pour le système nerveux, une perte reste une perte, quelle que soit sa nature.
Les étapes du deuil : un repère, pas une obligation

Les “étapes du deuil” peuvent servir de repères, mais elles ne sont ni fixes ni linéaires.
Certaines personnes ressentent de la colère très tôt, d’autres jamais. On peut se sentir apaisé un jour et submergé le lendemain. Il n’y a pas de chronologie idéale, ni de délai “normal”.
Chaque deuil est singulier, et le corps suit son propre tempo.
Elisabeth Kübler-Ross a identifié cinq étapes souvent traversées par les personnes en deuil. Ce sont des repères pour mieux comprendre le processus :
Le choc et le déni
Au début, il peut être difficile de réaliser ce qui s’est passé. Le déni protège le psychisme en atténuant l’impact immédiat de la perte. On peut se sentir engourdi(e), comme détaché(e) de la réalité, ou avoir du mal à croire que la perte est réelle.
La colère
La perte peut générer de la colère, dirigée contre soi-même, les autres, le destin ou même la personne disparue. Cette étape traduit la frustration et le sentiment d’injustice face à ce qui a été perdu.
Le marchandage
Pendant cette phase, on peut imaginer des “si seulement…” : des pensées de négociation avec soi-même, avec les autres ou avec la vie, dans l’espoir de retrouver ce qui a été perdu ou de réduire la douleur.
La tristesse et la dépression
La prise de conscience de l’ampleur de la perte peut entraîner une profonde tristesse, une dépression. C’est une étape où les émotions sont pleinement ressenties, et où le corps peut manifester la peine par la fatigue, le manque d’appétit, le sommeil perturbé ou des douleurs diffuses.
L’acceptation
Cette étape ne signifie pas oublier la perte ou cesser de souffrir. Elle traduit plutôt l’intégration de la réalité de la perte et la capacité à continuer à vivre malgré elle et à surmonter le deuil. L’acceptation permet de retrouver un certain équilibre et d’ouvrir la voie à la reconstruction intérieure.
Important : Ces étapes ne sont pas linéaires. On peut passer d’une étape à une autre, revenir en arrière, ou en ressentir plusieurs simultanément. Encore une fois, le travail de deuil est unique à chacun, et il se manifeste à la fois dans le mental, le cœur et le corps.
Comment le deuil s’inscrit dans le corps ?
Le système nerveux ne fait pas la différence entre les différents types de pertes. Pour lui, toute situation qui entraîne un changement brutal ou une rupture dans la sécurité et les repères est perçue comme un stress important.
Le système nerveux autonome, qui régule nos fonctions involontaires (respiration, rythme cardiaque, digestion, sommeil), entre alors souvent en état d’alerte.
Cette activation peut se manifester par :
une tension musculaire accrue
des troubles du sommeil ou de l’appétit
une fatigue persistante
une hypervigilance ou un sentiment de danger intérieur, des peurs
des douleurs inexpliquées
des troubles digestifs
une baisse de l’immunité
une sensation de vide ou de lourdeur
Le cerveau reptilien est la partie du cerveau qui gère la survie et les réactions automatiques au danger. Il ne réfléchit pas : il réagit.

Quand une perte survient — qu’il s’agisse d’un proche, d’un projet, d’un emploi ou d’un repère de vie — cette partie du cerveau la perçoit comme une menace. Pour lui, toute perte représente un danger dès qu’il y a rupture de sécurité, de routine ou de stabilité.
C’est pourquoi même les pertes “invisibles” ou moins socialement reconnues — comme la fin d’un emploi, un changement de santé, ou la perte d’une partie de soi-même — peuvent déclencher la même réponse corporelle qu’un deuil traditionnel. Le corps enregistre la perte, garde la mémoire du stress et des émotions non exprimées.
C’est pour cette raison que le deuil n’est pas seulement psychologique : il est profondément physiologique et émotionnel. Comprendre ce mécanisme permet d’accueillir le vécu de la personne dans toute sa globalité, et c’est précisément là que la kinésiologie peut intervenir pour aider le corps à libérer le stress accumulé et retrouver un équilibre.
Le corps garde en mémoire ce qui n’a pas pu être exprimé ou traversé émotionnellement. Ce n’est ni une faiblesse, ni un dysfonctionnement : c’est un mécanisme d’adaptation.
Quand le deuil semble bloqué
Parfois, le deuil ne suit pas son mouvement naturel et peut devenir pathologique. Cela peut se manifester par :
des émotions négatives, figées ou envahissantes
une sensation d'être coupé de soi ou de ses ressentis
des schémas répétitifs
des troubles de l’addiction
des angoisses de séparation
des symptômes corporels persistants
Dans ces situations, comprendre intellectuellement ce qui s’est passé ne suffit pas toujours. Le corps, lui aussi, a besoin d’être entendu.
Certaines pertes ont besoin d’être pleurées pour pouvoir s’apaiser. Tant que les émotions n’ont pas trouvé d’espace pour s’exprimer, le deuil peut rester en suspens.
Pleurer est donc nécessaire, mais lorsque la peine et le chagrin débordent en permanence, cela peut devenir épuisant.
Et ce n’est pas tout : une nouvelle perte peut également réactiver des blessures plus anciennes. Le système nerveux garde en mémoire les expériences passées de perte et de stress. Ainsi, un événement actuel peut réveiller des émotions négatives liées à des pertes antérieures, même celles que l’on pensait surmontées. Le corps et le cerveau traitent alors la situation comme un danger cumulatif, mêlant passé et présent.
L’accompagnement du deuil en kinésiologie
La kinésiologie propose une approche globale, qui prend en compte le corps, les émotions et le stress.

Elle peut permettre :
d’écouter ce que le corps exprime au-delà des mots
de libérer des tensions, des angoisses et stress émotionnels liés à la perte
de soutenir le système nerveux
de retrouver un sentiment de sécurité intérieure, un mieux-être
de remettre du mouvement là où tout semblait figé
La kinésiologie n’efface pas la perte et ne fait pas “oublier”. Elle accompagne le processus d’intégration, pour que la personne puisse continuer à avancer sans porter un poids permanent.
En Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), les émotions sont intimement liées aux organes et aux méridiens énergétiques. Le deuil est principalement associé au méridien du Poumon, qui gouverne la respiration et la vitalité. Celui-ci symbolise également le chagrin et la tristesse.
Lorsque le deuil est intense ou prolongé, l’énergie du Poumon peut être affaiblie, entraînant des manifestations telles que :
une sensation d’oppression ou de tristesse profonde
une respiration courte ou bloquée
une fatigue persistante
une baisse de l’immunité
une difficulté à se détacher du passé
Le Gros Intestin, méridien associé au Poumon, peut également être impacté. Il est symboliquement lié à l’élimination et au lâcher-prise. Des troubles digestifs, une constipation ou une sensation de “rétention” peuvent parfois accompagner un deuil non intégré.
D’autres méridiens peuvent aussi être sollicités, comme le Cœur, lié aux émotions et à la joie, ou la Rate, en lien avec les ruminations et la fatigue mentale.
En kinésiologie, le test musculaire nous permet de détecter les déséquilibres des méridiens et de les équilibrer pour soutenir le corps, en aidant l’énergie à circuler à nouveau.
Le deuil et la dimension transgénérationnelle
Certaines expériences de deuil ne prennent pas uniquement leur origine dans l’histoire personnelle. En kinésiologie, on observe que des vécus non exprimés ou non intégrés peuvent se transmettre de génération en génération. Il peut s’agir de deuils anciens, de pertes brutales, de traumatismes ou d’événements qui n’ont pas pu être verbalisés à l’époque.
Ces mémoires transgénérationnelles peuvent influencer la manière dont une personne vit une perte aujourd’hui. Un deuil actuel peut alors réveiller des émotions qui semblent disproportionnées, comme si la charge émotionnelle dépassait l’événement présent. Le corps porte parfois la trace de ces histoires familiales, même lorsque la personne n’en a pas conscience.
Dans ce contexte, le deuil peut être vécu comme une réactivation de loyautés familiales inconscientes ou de schémas hérités : peur de l’abandon, sentiment de culpabilité, difficulté à se détacher ou à faire son deuil pleinement.
La kinésiologie permet d’aborder cette dimension avec douceur, en identifiant les stress liés à ces mémoires anciennes et en aidant le corps à se libérer de ce qui n’appartient plus au présent. Cela ouvre la possibilité de vivre son propre deuil de manière plus apaisée, sans porter le poids des histoires familiales passées, et sans le faire porter aux générations suivantes.

Quelques thématiques abordées en séances :
M., 67 ans :
Après la perte de son chat, la personne consulte pour une grande fatigue persistante et une sensation d’oppression thoracique. Elle ne peut s’empêcher de « s’en vouloir ». Le test musculaire met en évidence un vide du méridien du Poumon, en lien avec la tristesse, et du Maître Coeur, qui oriente vers un ressenti de culpabilité. A 9 ans, M. a perdu un autre animal dont elle avait la responsabilité, d’où la culpabilité et la tristesse réactivées par le deuil actuel du chat. Après diverses techniques de libération de stress émotionnel, M. s’est sentie plus apaisée et mieux dans son corps.
V. 7 ans :
V. consulte pour un problème de séparation avec sa maman. Le test musculaire nous amène à la 1ère année de ce petit garçon. Sa maman a perdu son papa à ce moment-là. V. a répondu à cette tristesse en tentant de combler la solitude et la tristesse de sa maman en deuil par un besoin constant de veiller sur elle et de « ne plus la lâcher ». Nous avons travaillé sur la libération de cette « mission » qu’il portait. Après 2 séances, il parvient à se détacher de sa maman avec sérénité.
E. 51 ans :
E a perdu son mari des suites d’une longue maladie il y a quelques années. Son quotidien s’est effondré et sa tristesse profonde ne s’apaise pas avec le temps. Elle a du mal à en parler, s'est refermée sur elle-même et est confrontée à des crises d'angoisse. Quelques séances de kinésiologie se sont avérées efficaces pour accueillir ses émotions, se permettre d’enfin les exprimer sans se sentir submergée, relâcher les tensions accumulées dans le corps et retrouver peu à peu un apaisement intérieur.

En conclusion , le processus de deuil n’est pas un oubli, ni une trahison de ce qui a été perdu. C’est un processus d’intégration douloureux, parfois long et chaotique, mais profondément humain.
Il n’y a rien à “réussir” dans le deuil. Il y a seulement un chemin à traverser, semé de différentes étapes.
On ne redevient pas la personne que l’on était avant. On devient quelqu’un d’autre, avec une histoire transformée et, parfois, une sensibilité plus grande à la vie.
Être accompagné pour vivre un deuil et le surmonter peut faire toute la différence.




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